Charlemagne, où quand les textes historiques semblent comiques

Publié le par Algor Vitae

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Le 25 décembre de l'an huit-cents, Léon III couronna Charlemagne empereur à Saint-Pierre du Vatican, ainsi que tout le monde est évidemment tenu de le savoir. Mais lire les textes décrivant la chose, je puis vous assurer que c'est une partie de plaisir. Je sais, dit comme ça, ce dont je vous parle n'a pas l'air d'être l'extase...

J'ai pourtant deux extraits à vous proposer, et je puis vous assurer que la combinaison des deux m'a provoqué un beau fou-rire. Même si vous ne vous „prenez pas de trips“ rigolos sur l'histoire, voyez au moins comment un maboule tel que moi s'éclate de façon tout ce qu'il y a de plus licite. La première citation vient des Annales royales datées de 799 à 801, et la seconde de la Vita Karoli d'Eghinard.

« Le saint jour de la nativité de Notre Seigneur, le roi vint dans la basilique du bienheureux saint Pierre, apôtre, pour assister à la célébration de la messe. Au moment où, placé devant l'autel, il s'inclinait pour prier, le pape Léon lui mit une couronne sur la tête, et tout le peuple romain s'écria: 'À Charles Auguste, couronné par Dieu, grand et pacifique empereur des Romains, vie et victoire!'. Après cette proclamation, le pontife se prosterna devant lui et l'adora selon la coutume établie du temps des anciens empereurs (...). »
« Les Romains ayant accablé de violence le Pontife Léon - lui crevant les yeux et lui coupant la langue - l'avaient contraint à implorer le secours de roi [Charlemagne]. » 

Alors maintenant que vous savez tout cela, mettons en scène tous ces éléments. 
On voudrait donc nous faire croire que, un beau jour, Charles a eu envie d'aller à la messe à Rome. Une bien curieuse zin quand on sait qu'il y a forcément une église à Aachen (que tous les monolingues chevronnés appellent Aix-la-Chapelle), mais pour un roi, de tels goût de luxe, après tout... Bien, admettons, il débarque à Saint-Pierre sur un coup de tête. Il rentre dans la basilique, et il n'y a personne, pas un chat. Tout naturellement, Charlybig se pointe jusqu'à l'autel -et je peux vous dire pour l'avoir fait qu'il faut marcher aussi longtemps que pour entrer à Disneyland Resort Paris, sauf que là il n'y a pas d'escalators- pour aller faire sa chtite prière. 

Pendant qu'il fait semblant de prier, derrière se pointe Léon III. Mais alors imaginez le capharnaüm: les Romains lui ont crevé les yeux! Du coup, imaginez Léon III débarquer avec une couronne dans une main, et une canne blanche dans l'autre. Il tâte les environs pour savoir où est Charles, et quand il est suffisamment près -il le sait au grand coup de canne qu'il lui a asséné sur la caboche- il lui pose la couronne sur le crâne. M'est avis qu'il a du viser à côté deux ou trois fois... Toujours est-il que, ô surprise, le peuple romain (n'est-ce pas lui qui a molesté le pape?) surgit de derrière les colonnes, comme quand on fait un anniversaire surprise, et disent tous en même temps une tirade à peine apprise par cœur.

Et pour continuer dans le plus pur style burlesque, le pape l'honore et se prosterne devant lui. Pouvez-vous imaginer ce que ça donne, un type sans langue qui essaie tant bien que mal de chanter vos louanges ? 
Le mieux de tout dans l'histoire, c'est que Charles n'est pas content après coup. Voyez, ce genre d'événements qu'on somme nos écoliers de connaitre sur le bout des doigts, finalement, ont des allures de farce romaine...

 


 

Bonus - Sacré Charlemagne ! (France Gall, 1964)

 

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