Critique BD - « Alix senator : Les Aigles de Sang »

Publié le par Algor Vitae

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Désireux de raconter de temps à autre quelque chose d'intéressant pour faire revivre ce blog moribond, j'ai décidé de vous faire la critique de quelques bandes dessinées dont le thème tourne autour de mon époque favorite : l'Antiquité. Le premier tome auquel j'ai décidé de m'attaquer, avec gentillesse mais sincérité, est le tout récent album Les Aigles de Sang, premier tome de la série « Alix Senator »  – Valérie Mangin à machine à écrire, Thierry Démarez au pinceau.


Pour les aficionados du genre, il est certainement inutile de préciser que la série en question est une reprise, dans le genre « vingt ans après », de la fresque historicisante « Les Aventures d'Alix », due à feu Jacques Martin, souverain incontesté du péplum dessiné. Pour les autres, je rappellerai brièvement quel était le pitch de la série-mère. Le héro de cette série, Alix, est un jeune esclave gaulois du Ier siècle avant notre ère. Racheté par un riche citoyen romain, notre blondinet se fait adopter et obtient lui-même la citoyenneté. À partir de là, Alix s'embarque dans de nombreuses aventures aux quatre coins de la République, avec à ses côtés Enak, un jeune Égyptien.


Revenons-en à la reprise. Dans ce tome premier, Alix, désormais quinquagénaire, est devenu le digne sénateur Alix Gracchus. Veuf anobli et en toge, il veille à l'éducation de Titus, son propre fils, et Képhren, progéniture de son défunt compagnon Enak. En cette année 12 avant Jésus-Christ, le grand pontife Marcus Aemilius Lépide et le général Agrippa, successeur désigné du puissant empereur Auguste, se font déchiqueter « comme de vulgaires mulots » par de mystérieux aigles aux serres d'or... La puissante symbolique jovienne de ces assassinats n'échappe pas au Prince Auguste, qui charge son vieil ami Alix Gracchus d’enquêter.

 

L'intrigue policière qui est au coeur du récit, si elle n'est pas sans intérêt, est un peu trop simple. Les indices graphiques et narratifs qui mènent au coupable sont sans doute un peu trop évidents, et le lecteur perspicace aura compris « qui a fait le coup » avant même la première moitié de l'album. Le cliffhanger final, en revanche, est des plus intéressantS, mais je ne saurais vous en dire plus sans gâcher votre plaisir. Bien moins verbeuse que l'était feu Martin, Valérie Mangin nous propose des dialogues concis, lesquels ont toute la saveur lapidaire qu'on prête volontiers aux antiques – n'en déplaisent à ceux pour qui le latin rime avec longues tirades cicéroniennes. Seul bémol véritable pour tous ceux qui, comme moi, combattent le parler moche: pourquoi faudrait-il candidater au poste de Flamine Dialis quand on peut simplement parler français et postuler ?

 

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Graphiquement, on ne peut constater le virage qu'a pris Demarez par rapport à la ligne claire de J. Martin. Ceux qui ont lu « Murena » ou encore « Les Aigles de Rome » comprendront. Un trait résolument plus moderne, qui se veut plus réaliste, une colorisation à l'aquarelle, une certaine sobriété dans la palette de couleurs. Le fan d'Alix regrettera sans doute le kitsch péplumien de Jacques Martin, qui pendant des années nous représenta les aventures d'un jeune Gaulois dans le style le plus mankiewiczien. Mais au-delà de ce regret initial, il faut reconnaitre que le dessin est beau. Ce n'est ni plus ni moins que ce qui se fait et sait s'apprécier en bande dessinée réaliste de nos jours. « Les Aigles de Sang » est un album graphiquement irréprochable. En outre, les personnages que nous connaissons depuis toujours restent parfaitement reconnaissables. Alix est bien lui-même, et son fils Titus nous fournit d'ailleurs un substitut parfaitement ressemblant à ce qu'était son père au même âge – on est en droit de se demander, d'ailleurs, si la série ne va pas finir par tourner davantage autour de Titus et Képhren, héritant des rôles de leurs pères respectifs.


Une reprise est toujours un exercice difficile, tout spécialement quand on s'attaque à un monument du genre. La tentation d'imiter le maître est grande, tout comme l'est l'envie inverse de révolutionner tout son univers. La « vérité », celle qui plait aux amateurs et qui permet aux auteurs ne ne trahir ni le maître ni leurs propres envies, existe quelque part entre les deux. Et il se trouve que Mangin et Démarez semblent avoir trouvé cette « voie médiane ».


En bref, la lecture de cet album m'a laissé un sentiment global de satisfaction. Certes, l'intrigue manquait de corps et de coups fourrés, mais l'entreprise est courageuse, et le graphisme parfaitement aux goûts du jour et du genre. Il me tarde de découvrir le tome 2 encore à paraitre, « Le dernier Pharaon », en espérant que mes impressions se confirment.

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