De la réforme de l'orthographe

Publié le par Algor Vitae

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Il est un article que je dois écrire assez tôt dans l'histoire de ce blog, histoire que l'on s'entende un peu. Je m'apprête en quelque sorte à « fixer les règles » d'un certain jeu et m'éviter in fine un déluge de remarques désobligeantes de la part des bien lettrés.


Je fais savoir à l'attention de ces traqueurs de fautes, que ce blog suit les recommandations de rectifications orthographiques de 1990, à l'issue du rapport du Conseil supérieur de la langue française approuvé par l'Académie française. Si une réforme est assez bonne pour les Immortels — ceux de Paris, pas les perses, elle l'est pour moi aussi.


Si je me sens obligé de le préciser, c'est que j'ai la nette impression que personne autour de moi, même parmi les professeurs, ne semble être totalement au courant de la simple existence de cette réforme. Qui plus est, ceux qui sont renseignés n'y apportent en général que peu d'intérêt. Combien de fois  ne m'a-t-on  pas gentiment demandé dans mon entourage de vérifier l'orthographe d'un courriel ou d'un travail (tâche dont je m'acquitte toujours avec plaisir) ? Ainsi par exemple, à un ami Français qui m'avait pressé de l'aider, je posai la question fatidique: « Orthographe traditionnelle ou réformée ? » Ce à quoi il me répondit tout simplement: « La réforme n'a pas lieu chez nous (en France) »... 


Je ne souhaitais pas vraiment susciter un long débat inutile qui m'aurait fait passer pour un technicien pédant, et j'ai choisi de ne rien rétorquer, ce qui ne m'a pas empêché de rouler des yeux intérieurement (à l'image du Topaze de Pagnol qui riait en dedans). 

 

Vous aurez compris que l'emploi de la « nouvelle » (adjectif ironique quand on sait qu'elle a vingt ans) orthographe est un de mes fers de lance. J'avoue avoir du mal à comprendre quelle cohérence argumentaire on peut trouver dans ce qui s'y oppose. J'ai lu (dans un article issu du premier numéro de la revue Prof) que 61% des enseignants (sondés) sont opposés à la nouvelle orthographe. Les deux principaux arguments invoqués sont généralement qu'on opèrerait ainsi un « nivelage par le bas », et que la réforme créerait de nouvelles incohérences. Or, si nous analysons ces deux arguments, nous verrons qu'il s'agit davantage de rationalisations d'un attachement simplement émotionnel.


En effet, en ce qui concerne le « nivelage par le bas », on voit mal pourquoi diminuer la fréquence des exceptions ou des graphies « monstrueuses » est dégradant pour la langue. Il ne s'agit pas de se rapprocher du « langage sms », mais de suivre une voie que Littré lui-même ne reniait pas, c'est-à-dire de simplifier ce qui n'a pas de raison valable d'être compliqué. En outre, c'est oublier que l'orthographe de la langue a déjà subi maints changements depuis le premier dictionnaire de l'Académie1, et que les « conservateurs » d'aujourd'hui sont de toute manière les réformistes d'hier.


Quant à ceux qui disent que la réforme soulève de nouveaux problèmes, je dirais que c'est un peu facile. Rappelons que si la réforme est « à moitié faite », c'est précisément à cause de ceux qui aujourd'hui lui reproche de n'avoir pas avancé suffisamment, à savoir les frileux au changement. De plus, si nous analysons ne fut-ce qu'un de ces prétendus « nouveaux problèmes », nous verrons qu'il s'agit en réalité d'un point de vue d'analyse différent.


Ainsi, on entend dire partout que la nouvelle manière de former le pluriel des mots composés n'est « pas logique » parce qu'on écrit « un arc-en-ciel, des arc-en-ciels ». Illogique, donc, disent les détracteurs: il y a plusieurs arcs, et non plusieurs ciels, c'est donc arc qui devrait prendre la marque du pluriel. Oui... Mais non. Premièrement parce qu'une graphie écrite « arcs-en-ciel » devrait se prononcer « ark'zenciel », et l'oralité prouve que ce n'est pas le cas. Deuxièmement, il faut simplement reconnaitre qu'un mot composé est une seule unité de sens. À ce titre, c'est l'ensemble du terme composé qui prend la marque du pluriel. Rien d'illogique, que du sémantique. Par ailleurs, si les conservateurs veulent aller au bout de leur propre logique en disant que deux éléments d'un mot composé restent bien séparés, alors il faudra penser à accorder en conséquence et écrire des percent-neige !


Pour ces raisons, et bien d'autres encore que M. André Goosse2 expose évidemment beaucoup mieux que moi, je me range à l'avis de Jean-Marie Klinkenberg (actuel président du Conseil de la Langue française)3, qui préconise de passer le cap et de laisser tomber les barrières. Sans doute, j'y reviendrai plus en détail dans un article futur. Mais au moins, l'essentiel est dit.


1  Jugeons plutôt de la proximité avec notre « bonne vieille » orthographe: « APRÉS que l'Académie Françoise eut esté establie par les Lettres Patentes du feu Roy, le Cardinal de Richelieu qui par les mesmes Lettres avoit esté nommé Protecteur & Chef de cette Compagnie, luy proposa de travailler premierement à un Dictionnaire de la Langue Françoise, & ensuite à une Grammaire, à une Rhetorique & à une Poëtique. »


2 Goosse A., la « nouvelle » orthographe, Duculot, 1991.


3  Voir à son sujet le document annexe, photocopié du Momento (supplément de la Libre Belgique) du 21 au 27 mars 2009.

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